Le Devoir – 29 juin 2011
Rien ne semble arrêter la progression des grands gamins sherbrookois de Misteur Valaire. Passés des petits bars aux grandes salles — et même celles d’Europe —, les cinq musiciens électro-jazz se sont attaqués hier soir à la grande place des Festivals, et ce, à l’invitation du Festival international de jazz de Montréal. La pluie n’est tombée qu’à mi-chemin dans le spectacle, et a fouetté la foule très nombreuse plutôt que de la faire fuir. Kilojules (notre photo) et sa bande ont mis le paquet pour les yeux, avec des éclairages, des danseurs et plusieurs invités.
La première fois qu'on a vu Misteur Valaire sur scène, c'était en 2008, au Café Campus. Puis, le quintette électro-jazz sherbrookois a eu droit à une promotion au Club Soda, et encore une autre au Métropolis. Hier soir, c'est la place des Festivals qui leur était offerte par le FIJM. Un parcours en crescendo.
Sous un ciel fâché qui n'a versé ses gouttes qu'à mi-parcours, Misteur Valaire et toute sa visite s'est bien défendu en mettant le paquet. Tout pour les yeux. La grosse scène sur deux niveaux entourée d'ampoules au sol, la passerelle s'avançant dans la foule, les lumières qui clignotaient, brillaient de toutes les couleurs. Sur le fond de la scène, deux gros écrans affichaient des images psychédéliques, voire psychotroniques. Et des danseurs, et des costumes, et des paillettes dorées et argentées. Épileptiques s'abstenir.
Et Luis Clavis, France, DRouin, Roboto et Kilojules ont aussi dansé à souhait, monté et descendu les marches de la scène, alterné les positions — et parfois même les instruments. Quand ce n'était pas eux qui bougeaient, c'était leurs invités. James Di Salvio et Liquid de Bran Van 3000 — venus chanter la bombe Ave Mucho —, Fanny Bloom, ex-Patère rose, Gigi French, Béni BBQ, un ensemble de huit cuivres, des danseurs bulgares (!)… Tout pour les yeux encore.
Là où l'affaire n'était pas tout à fait au point, c'est dans la véritable énergie musicale. Souvent, c'est le regard un peu dans le flou qu'on entendait défiler les pièces, un sourire aux lèvres mais les pieds bien fixés. Oui, il y a eu Gumshoe et Ave Mucho pour titiller la foule, mais les Lille Hammer, Brandon Marlow et November Number 3 n'ont pas concrétisé l'étincelle.
Hypothèse: on a souvent eu l'impression d'entendre une bande pré-enregistrée sur laquelle on aurait fait éclater des feux d'artifice. Outre les cuivres, qui explosaient avec force, on se questionnait à savoir qui jouait quoi, et si même quelqu'un jouait quelque chose. Des percussions de Luis Clavis, on n'entendait pas grand-chose, et on pouvait confondre aisément les synthétiseurs avec le beat de fond lancé par Kilojules. Un peu désincarné.
Paradoxalement, il aura fallu la pluie pour mettre le feu dans la foule. Pendant Plocul, il s'est mis à tomber de grosses gouttes, fouettant le public, soudainement revenu à la vie. Et au même moment, Misteur Valaire enchaînait avec une série de pièces plus organiques. Rebondissant, vivant et haletant, le «vrai» jeu s'est avéré payant.
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