Le Droit – le 30 juin 2007
Marc-André Mongrain
Misteur Valaire casse la baraque
Cinq musiciens sherbrookois de 20 ans délaissent le jazz qu’ils maîtrisaient sur le bout de leurs doigts pour offrir de la musique électronique dansante, un peu kitch et complètement éclatée.
« En septembre, on sort un album Web. En un seul clic, tu vas recevoir l’album dans ton ordi. Gratuitement. On veut skipper l’Industrie du disque qui est en chute libre. »
C’est l’univers de Misteur Valaire, un groupe qui ne fait pas son âge, et que l’on pourra découvrir dans le cadre de Musiqu’en Nous à Saint-André Avellin, ce soir, puis demain au Parc Jacques-Cartier, à l’occasion de la fête du Canada.
Cinq copains du primaire apprennent la musique ensemble. Plusieurs années plus tard, les adolescents forment un habile quintette jazz et remportent un concours qui leur donne droit à deux jours d’enregistrement gratuit. Ainsi, naît Mr. Brian en 2005, un « démo » figé dans le temps que la formation avait éclipsé en peu de temps. « On était satisfait, mais ça s’est tellement fait vite qu’on était rendus meilleurs que l’album au lancement », explique Louis-Pierre B. Phaneuf, alias Luis, qui a l’assurance d’un vétéran dans la voix. « C’était super jazz, cérébral et acoustique. On s’est mis à écouter d’autres choses, des trucs qui rejoignent plus de monde. On est tombé dans la musique électronique. Et là, on avait le goût de jouer quelque chose plus près de ce qu’on écoutait vraiment. C’est devenu plus dansant et de party. On est là pour faire lever le party maintenant, plutôt que de faire des spectacle de salles », ajoute-t-il. Ainsi, Misteur Valaire a pour description de tâche de « casser la baraque », une fonction dont les cinq compères s’acquittent avec aise et talent. Il ont même pris l’expression au pied de la lettre lors du Festival de la chanson de Tadoussac, la semaine dernière, où le plancher s’est littéralement écroulé sous leurs pieds.
« On avait la place à minuit et demi les trois soirs. C’était notre rôle de faire lever le party. Le mot s’est passé et le troisième jour ça cassé! Ils ont dû évacuer la place. On voulait aller jouer dehors après, c’était la folie. Ils n’ont jamais voulu qu’on continue notre set; on n’a pas pu retoucher à nos instruments », raconte Luis. Un clip vidéo sur leur site Web en témoigne. C’est le genre d’anecdote qui suit un groupe longtemps.
Musique gratuite
En dépit de l’engouement qui gronde, annonçant une carrière fulgurante pour la bande de palettes en l’air, ceux-ci comptent bien en avoir fini avec la vente de disques. Le démo Mr. Brian pourrait donc, ironiquement, finir par être le seul disque du groupe en carrière puisque Misteur Valaire se lance déjà dans la folle aventure de la musique gratuite sur Internet.
Le groupe offre déjà des mp3 sans coût sur leur site Web, mais on envisage un projet plus sérieux et ambitieux encore. « On travaille en ce moment sur quelque chose qui va sortir en septembre. On sort un album Web. Ça va être simple : en un seul clic, tu vas recevoir l’album dans ton ordi. Ça va être un produit avec une pochette virtuelle et tout. Gratuitement », explique le percussionniste.
Contourner l’Industrie
On a pris la décision de la donner parce qu’on veut skipper l’Industrie du disque qui est en chute libre. La musique va mieux voyager comme ça. On a une musique qui peut faire le tour du monde et on va se servir de nos enregistrements de qualités pour apporter les gens dans nos spectacles. C’est là que ça va se passer », assure-t-il.
Le Droit a également appris que le groupe compte agencer cet album Web d’une paire de mini-albums en vente sur les lieux de leurs spectacles seulement. Sur l’un figureront des remix et sur l’autre, des collaborations avec des artistes invités qu’on juge trop tôt pour en dévoiler les noms. « Si tout va bien, tout va paraître en même temps. Mais une chose est certaine, ce sera tout fait par notre choix, sans que personne d’extérieur n’intervienne », résume-t-il.
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