MISTEUR VALAIRE : DE LA GRATUITÉ À LA NOTORITÉ

Journal Le Collectif, Vol. XXXI no. 13 – Le lundi 17 mars 2008
 
MISTEUR VALAIRE : DE LA GRATUITÉ À LA NOTORITÉ
 
Utiliser Internet à des fins publicitaires plutôt que de partir en guerre contre les téléchargements illégaux? Samedi soire dernier, à Montréal, cette stratégie a finalement rapporté gros à Misteur Valaire, une formation électro-jazz de Sherbrooke, qui s'est vu, décerner le prix de l'artiste indépendant de l'année au gala des MIMI.
10 000 téléchargements gratuits de leur nouvel album, Friterday Night. Il aura fallu du talent, du temps, et la prise d'un risque bien calculé à Misteur Valaire pour s'établir en force sur la scène musicale. En prenant la décision de mettre en ligne le
résultat de tous ses efforts, la formation s'est assurée une visibilité certaine. Le Festival Montréal en lumière a vibré au son de leur musique lors de la Nuit Blanche à Place des Arts. Cette performance, additionnée aux autres, leur a valu une récompense soulignant leur développement.
Ce prix a de quoi réjouir le groupe, qui ne court pas après l'argent et qui ne fait pas dans la dentelle. C'est qu'il a choisi d'emprunter un parcours particulier pour franchir la première étape de leur développement, celle d'être connu. Devant le constat de la diminution de 3% des ventes de CD au Québec en 2007 et de l'augmentation soudaine de 87% des téléchargements de fichiers numériques pendant la même période selon les chiffres de l'ADISQ, les cinq jeunes Sherbrookois ont choisi de se tourner vers Internet, ce média craint par la majorité des artistes, afin de se mettre sous les feux de la rampe. Téléchargeable gratuitement via leur site Internet, Friterday Night connaît un succès inespéré. Grâce à ce choix promotionnel, Misteur Valaire s'assure que les frais occasionnés par les contrats avec les maisons de disques sont évités et que le produit ait plus de chance de s'afficher.
Le gérant du groupe, Guillaume Déziel, affirme dans une entrevue disponible sur YouTube, que Misteur Valaire n'évite pas la question du piratage. Au contraire, il l'exploite : «Les maisons de disques n'existeront plus demain. Ce sera des maisons de musique qui vont envisager de mettre en marché, d'une manière générale, l'artiste et sa musique.»
De l'avis des principaux intéressés, ce n'est pas tant en achetant quelques copies de leur album en magasin que les amateurs peuvent concrètement participer à l'éclosion du groupe. En téléchargeant en grand nombre l'album, les fans rendent service à la jeune formation, qui leur rend bien : «Les gens sont des petits ambassadeurs de ce que l'on est, de ce que l'on fait», explique le gérant. Dans des circonstances aussi gagantes que celle de mériter un prix révélation à l'Initiative Musicale Internationale de Montréal, Misteur Valaire ne cache pas sa satisfaction et vante les avantages d'une distribution libre et gratuite de la musique.
Vivre des spectacles
«La musique, c'est une expérience préliminaire. La vraie grosse expérience extraordinaire, c'est le spectacle. C'est pour cette raison qu'on y met le paquet!», affirme M. Déziel. Les prestations de Misteur Valaire attirent les foules. Même si elles constituent de revenus de la jeune formation et que les distributeurs de disques boudent leur stratégie-marketing, les cinq musiciens originaires de Sherbrooke ne dérogent pas. La distribution de leur album se fera via Internet ou ne se fera pas. D'ici là, Misteur Valaire continue sa tournée au Québec et s'arrêtera à Sherbrooke le 24 avril prochain au Téléphone Rouge.