Misteur Valaire et bonbon au beurre

Plogg Sherbrooke – 2 juillet 2010

Par Alexandre Demers

 

Lorsque je sors sur la rue Wellington et je regarde l’horaire des spectacles en vue, je suis constamment surpris par le nombre d’artistes présents et originaires de l’Estrie. J’en viens parfois à douter de ce que peut contenir l’eau d’ici. Pour décrire ce terreau artistiquement fertile, certains appelleront la région Sherbrooklyn. Pour une raison qui m’échappe encore, ça m’a pris plusieurs années pour m’en rendre compte. Misteur Valaire (MV) a beaucoup contribué à cette constatation.

Pour ceux qui n’ont pas encore entendu parler de cette formation, sachez qu’ils sont cinq gars bourrés de talents et reconnus au Québec comme en Europe pour leur œuvre et leurs délires. En raison de la sortie de leur dernier album le 18 mai dernier, je vous offre un récit de mes allées et venues en lien avec le band.

Sherbrooke – avant le 18 mai

Une série d’évènements fortuits ont contribué à notre première rencontre. Quelque temps avant le lancement, je me trouvais au Tapageur avec un ami dans l’espoir d’y boire une bière. À l’époque, les séries éliminatoires venaient de commencer, les Canadiens jouaient contre Washington, et les klaxons étaient de mise pour encourager les équipes. Lorsqu’on m’indiqua la présence de Misteur Valaire tranquillement attablé près de nous, je sautais sur l’occasion pour faire connaissance. À cet instant, je n’avais rien écouté de leur musique. Premier contact : on me donnait le sobriquet de Carmen San Diego (probablement à cause de mon chapeau). Avais-je toujours envie d’écouter leur musique? Je crois. Déjà, ils me plaisaient.

Quelque temps plus tard, je découvrais une autre facette du groupe, celle de Qualité Motel. Je vous évite une description poussée de leur prestation comme je n’y comprends pas grand-chose en matière de mixage sonore. À l’aide de peu d’instruments et de consoles de son, ils mixent des airs connus (Michael Jackson, la Lambada, etc.) avec des sons de jeux vidéos ou leurs propres compositions. La forme Qualité Motel permet aux gars de se donner libre cours à leur talent de DJ et de divertir les gens sans avoir à trainer tout leur matériel de MV. Bref, je me suis bien amusé. Toutefois, je n’avais toujours pas entendu leurs albums.

Popularité libre de droits

Leur popularité, à mon humble avis, se doit en bonne partie à une chose : la facilité d’approche du groupe. Sans nécessairement être devenus très proches, nous (MV et moi) avons eu plusieurs fois la chance de nous côtoyer dans des soirées et ainsi de fraterniser. Misteur Valaire offre ainsi une proximité et une complicité de rêve avec leurs fans et le reste de la population. C’est aussi une qualité partagée, semble-t-il, avec les autres membres de Sherbrooklyn. Est-ce que cette complicité sera toujours de la partie lorsque leur popularité continuera à grimper? Seule l’histoire nous le dira.

L’autre raison de leur popularité s’explique par leur méthode marketing signée Guillaume Déziel, leur gérant. Le deuxième album de MV, Friterday Night, a été et est toujours distribué gratuitement sur leur site web. La raison? Pour M. Déziel, la musique n’est pas un produit auquel on devrait attribuer une valeur. Étant donné la situation actuelle de l’industrie du disque, ce n’est pas avec la vente de disque que le groupe aura le plus de revenus. Avec la prolifération des MP3, la valeur que les gens donnent à une chanson a énormément diminué. Ce qui mérite d’obtenir une valeur, ce sont les performances publiques du groupe, autrement dit, les spectacles deviennent la principale source de revenus. Aussi controversé que ça paraisse, la méthode du téléchargement gratuit a énormément fonctionné pour la distribution de l’album. Les infolettres ensuite envoyées aux téléchargeurs servent alors à les garder constamment informés des dernières nouvelles et du parcours du groupe. Pour la mise en vente du troisième album, M. Déziel utilise la fameuse méthode Radiohead : la vente du disque au prix que l’acheteur décide de payer. Pour plus de détail sur le résultat de la démarche, je vous suggère fortement d’aller consulter le blogue de Guillaume.

Sherbrooke – le 17 mai

J’avais comme ambition de poursuivre un parcours plus jet-set et de me rendre au lancement du dernier album, Golden Bombay, qui se déroulait au Club Soda à Montréal le 18 mai dernier. Pour ce faire, j’achetais en pré-vente un merveilleux forfait qui me garantissait une place au spectacle, une copie physique de l’album et une copie MP3 téléchargeable sur leur site web. Comme beaucoup d’autres (près de 800 fans), j’avais la chance d’écouter ce petit bijou avant tout le monde.

Dans cet avant-Montréal, il me restait une dernière étape à franchir : celle du pré-lancement et de l’écoute de Golden Bombay au Tapageur, le lundi 17 mai. Et quel événement riche en couleur ce fut! Pour reprendre les paroles de M. Déziel, quoi de plus jet-set comme soirée. La crème culturelle de Sherbrooke était présente : les médias, les blogueurs, la famille des musiciens, etc.; tout ça pour un simple 5 à 7 pour se rencontrer et échanger notre avis sur l’album tournant en boucle dans le bar.

Depuis plusieurs semaines déjà, les membres du groupe répétaient leur numéro pour le spectacle de lancement. Voilà qui explique l’anxiété palpable chez tous les MV. On assistait au repos mérité à la veille d’un événement. Comme de fait, on notait l’atmosphère de convivialité typique des soirées à la Misteur Valaire. Le tout agrémenté de quelques réflexions sur la situation. Par exemple, au sujet du libre-service : « Je ne sais pas c’est qui, j’ai pourtant beaucoup de respect pour ce gars-là, mais je tiens à dire que ses frites sont très bonnes » Luis, à propos de frites laissées sans surveillance au Tapageur.

Mon travail accompli ce soir-là, j’avais absolument besoin de partir afin de ne pas veiller trop tard. Je partais très tôt le lendemain et je devais être fringant pour ma rencontre avec Montréal. Comme tous les gens présents à la soirée, j’avais très hâte de voir le spectacle tant attendu, et bien sûr, de renouer avec cette chère Montréal.