Journal La Presse – le lundi 10 septembre 2007 par Philippe Renaud Collaboration spéciale
Misteur Valaire : la fougue du jeune premier…
Ils n'ont que 20 ans et les dents déjà bien longues. Les cinq musiciens du groupe Misteur Valaire, cinq «drop-out» ayant mis toutes leurs billes dans le panier de leur formation électro-jazz, fraient leur propre chemin dans l'industrie de la musique québécoise en offrant gratuitement sur leur site web Friterday Night, leur nouvel album.
«Misteur Valaire lance le premier webalbum au monde!» claironne-t-on dans le communiqué de presse du second disque du groupe. Pas si vite, jeunes musiciens intrépides. Il y a déjà plus de 10 ans que des artistes court-circuitent le processus traditionnel de mise en marché de la musique en offrant gratuitement leur travail sur le web. Au Québec, en 1998, le label No Type proposait déjà des créations sonores gratuites en format numérique. Bref, les gars de Misteur Valaire errent en affirmant que Friterday Night est le premier webalbum au monde, mais on saura leur pardonner: ils se sont sans doute emballés un peu trop vite dans les jours précédant le lancement de leur nouvel album sur la Toile, lundi dernier, à l'adresse www.misteurvalaire.com.
Le contexte économique et technologique
Misteur Valaire est un bel exemple de cette génération de musiciens qui embrassent non seulement les nouvelles technologies numériques, mais aussi une manière différente d'aborder leur métier et le contexte économique dans lequel cette même technologie l'a plongé. «Je crois que ce que nous avons d'abord à offrir, c'est le spectacle, explique le percussionniste Luis. Si les gens aiment ce qu'on enregistre, s'ils en veulent davantage, on espère qu'ils viendront nous voir en concert pour vivre la vraie expérience de Misteur Valaire», et peut-être acheter un chandail, pourquoi pas? Ainsi, selon Luis, la décision d'offrir gratuitement leurs enregistrements (qui souscrivent à la licence Creative Commons – certains droits réservés) ne vise pas forcément à gagner un nouvel auditoire. «En vérité, notre musique rejoint vraiment plus de gens qu'on pensait», s'étonne Luis. Misteur Valaire a attiré une foule considérable cet été pour son concert sur une scène extérieure du Festival de jazz de Montréal.
Dans cet album de facture instrumentale – hormis cette étrange chanson …Et si c'était un veau, qui intègre un dialogue de Ding & Dong! -, le groupe propose un alliage dense entre pop et musique électronique sur lequel planent des emprunts au jazz et à la musique improvisée. Les 10 nouvelles compositions de Friterday Night ont été minutieusement rodées sur scène avant d'être enregistrées au cours des derniers mois.
Français



