Misteur Valaire : les canards volent toujours ensemble

 

Bang Bang – 15 mai 2010

Par Julie Ledoux


 

Pour le groupe originaire de Sherbrooke, les éloges dithyrambiques n’ont cessé depuis la parution web de Friterday Night, leur deuxième opus. Le quintette électro-jazz-pop nous revient (enfin!) avec un Golden Bombay plus mature et défini. Entretien avec Luis Clavis, percussionniste et « animateur » du groupe.

 

En ce moi de Marie, Misteur Valaire lance un troisième album, attendu par beaucoup. Cette fois-ci, le groupe enchaîne les pièces électro-pop doublées de collaborations spéciales : « On s’est dit qu’ajouter du vocal, ça rendrait plus accessible, même si on tripait déjà sur nos tounes instrumentales. On s’est dit que ce serait plus cool, que ça donnerait un petit upgrade », se rappelle Luis Clavis. En effet, les ajouts se sont multipliés puisque Bran Van 3000, Béni BBQ (« Béni BBQ, c’est lui qui nous a prêté son vieux tacot de van au début! »), Fanny Bloom (La Patère Rose), Senja Sargeant et Giselle Webber (Gigi French) ont prêté leur voix aux pièces instrumentales de MV : « Giselle, c’est particulier. On aimait vraiment ce qu’elle faisait dans le temps des Hot Springs et ensuite avec Giselle Numba One. Puis, on l’a appelée et on pensait qu’elle allait nous pondre de quoi en anglais, mais elle nous a dit “Ben là, j’suis plus sur un trip franco, na, na, na…” », imite Luis d’une voix aiguë.

Tous ces ajouts font-ils de Misteur Valaire un groupe plus pop qu’électro-jazz? Perdre leur son n’est pas envisageable selon Clavis : « C’est pas nécessairement moins électro, c’est peut-être juste que les beats sont moins « dry », plus travaillés, plus texturés. Pour l’autre album, on a rentré des beats directs dans l’ordinateur, mais là, on a pris le temps de passer par des amplis et des compresseurs. On avait plus de temps et on avait plus d’expérience. On avait prévu le coup, c’est ce qui manquait à l’autre album, on trouvait. Les tounes sont moins vite. On ne veut pas tomber dans le chill-out, t’sais. Mais c’est important que ce soit plus texturé, plus sage… moins olé olé! »

 

La sagesse de ces paroles porte à croire que le groupe vieillit, sort tranquillement du style adolescent qu’il s’était donné à ses débuts : « On est un peu plus sage, faut travailler. On n’a pas le choix, dans le fond, parce que sinon on va être blasés et les gens vont l’être aussi! »

 

 

Le sport et l’image

 

À l’hiver 2010, les cinq musiciens se sont retrouvés en têtes d’affiche des groupes québécois qui feraient des prestations musicales para-olympiques. Ce côté sportif et glorieux, on le retrouve à maintes reprises dans le nouvel opus du groupe : « On était aux Olympiques, puis on voulait se faire une toune pour les capsules qu’on pitchait pendant ce temps-là (NDLR : montées par Loïc Thériault, VJ du groupe). On avait commencé à monter un début de toune en France, on voulait se faire une toune de sport en ’94! Donc, ça a donné Lillehammer. On a toujours été un peu rétro-sportif dans notre démarche, donc c’est sûr qu’on a une influence. Mais ça fait des tounes glorieuses, quand même. T’sais, La Soirée du Hockey, y’a pas de meilleure toune! Ben, la toune de Simple Plan, là… » (NDLR : Vraiment?)

 

Avec toutes ces références à la gloire, à Simple Plan et à la maturité, on peut se demander si Misteur Valaire n’est pas en voie de devenir un boys band. Le style Backstreet Boys sur la récente couverture du Voir Estrie? Erreur de compréhension, semble-t-il : « Ils nous ont donné rendez-vous devant un temple à Ville LaSalle. Ils se sont sûrement dit Golden Bombay, ça doit avoir rapport avec l’Inde, mais ce n’était pas ça pantoute! Mais ouais, c’est plus une direction (NDLR : l’unité vestimentaire, etc.). Avant, on avait des shootings et ils nous disaient “amenez vot’stock, amenez vos calottes“. Là, on avait tout épuisé. »

 

Ainsi, Golden Bombay ne fait pas référence à Bombay, une ville en or, mais plutôt à Gordon Bombay, personnage principal du film de Disney The Mighty Ducks, sorti en 1992 : « Pendant qu’on faisait l’album, avant les Olympiques, c’était l’hiver et on voulait louer Cool Runnings (NDLR : le film dédié à l’équipe de bobsleigh jamaïcain) mais y’était plus disponible au club vidéo! Alors, on s’est  dit “On va prendre les Mighty Ducks!”. Alors, on s’est claqué les Mighty Ducks. Gordon Bombay, c’est venu par après. C’est Emilio Estevez en plus! T’sais, au début, il est super pas bien dans sa peau parce qu’il a manqué son but de jeunesse puis finalement, il prend des flots en charge et il les mène à une vie grandiose, t’sais. Il y a vraiment quelque chose de grandiose dans le personnage et il est plein d’espoir. Et l’album aussi est un peu dans cette direction-là de positivisme : On fait de la musique pour se faire du bien, mettons. » Dans la thématique « souvenirs sportifs de jeunesse », Misteur Valaire excelle. En consacrant une pièce à Gordon et une autre à Lillehammer, le groupe fixe la première moitié des années quatre-vingt-dix sur leur nouvel album.

 

Revenir chez soi

 

Clore un chapitre de jeunesse passait sans doute par Sherbrooke pour le quintette. Le mois dernier, Misteur Valaire était d’ailleurs le porte-parole de l’événement Sherbrooklyn. L’expérience fut-elle concluante pour le groupe qui devait tenir une résidence d’une semaine en plus de préparer leur nouveau spectacle? « Ça a bien été, on avait un gros mandat, quand même! On avait un show et c’était cool, mais après ça, c’était notre pré-prod pendant une semaine, dans une salle. Il fallait à la fois qu’on apprenne des tounes qu’on n’avait jamais jouées de notre vie parce qu’on les avait composées en studio. Après ça, on les jouait et on expliquait comment on les jouait et comment on faisait, devant les écoles. Devant plein de flots! Du primaire, du secondaire. Il y avait trois

 

des écoles où on était déjà allés. J’ai sorti mes talents d’animateur! Les kids étaient full curieux et c’était vraiment intéressant. »

 

« Ça va être vraiment beau! »

 

Élaborer un nouveau spectacle avec de nouvelles chansons, devant un public frais et critique aura sans doute permis à Misteur Valaire de plancher sur de nouvelles avenues pour leur future tournée. En s’adjoignant l’aide de Brigitte Poupart à la mise en scène (Les Zapartistes, Cabaret insupportable, etc.), il semble que la construction du spectacle sera plus travaillée, selon Luis Clavis : « Ça va être plus équilibré. Avant, souvent, on était un peu “toute dans’face tout le long”. Les projecteurs et l’éclairage dans la face tout le long. On avait tous le feeling que les gens pouvaient être saturés assez vite. À un moment donné, quand tout est dans le tapis dès le début, tout est blasté, t’es plus capable. Ça va être plus cohérent, plus un build up, plus beau, plus travaillé. Pour nous, ça ne change pas grand-chose parce qu’on va tout donner pareil, mais je pense que les gens vont apprécier les punchs qui seront plus punchés et les cues plus dans la face. Ça va vraiment être un show qui fesse plus! »

En terminant, on s’enquiert de la situation de Jack Feng, personnage et ami présent à de nombreux spectacles du groupe, qui attira l’attention du public à ses apparitions inusités : « Faut que je l’appelle, justement! J’espère qu’il est revenu parce qu’on a vraiment besoin de lui! Y’a tellement de style, il bouge tellement ben! »

 

Le groupe lancera son Golden Bombay le 17 mai à Sherbrooke (Bar Tapageur), puis le 18 à Montréal (lancement médiatique et public au Club Soda), et le 20 à Québec (Le Cercle). Ils iront ensuite faire un tour aux Îles de la Madeleine, les 22 et 23 mai, au Vieux Treuil de Havre-Aubert et partiront ensuite pour la France, le 9 juin.