La Presse – Le vendredi 28 mars 2008
Par Philippe Renaud
Passer à la caisse
Ces apôtres de la musique gratuite ont manifestement trouvé un filon. Mercredi soir, le quintette montréalais Misteur Valaire faisait salle comble au Café Campus, attirant un public de jeunes mélomanes plutôt réceptifs à leur type de grooves électro-funk dense et furieux.
Comment, vous ne connaissez pas encore Misteur Valaire? Même pas après deux performances gratuites sur les scènes extérieures du Festival de jazz, ni grâce aux entrevues que ses membres ont accordé aux télés, vêtus bien sûr de leurs costumes loufoques? Pas d'excuse, puisque Friterday Night, le plus récent album du groupe, vous est offert gratuitement en téléchargement depuis le site www.misteurvalaire.com.
Gratuit, comme dans: servez-vous, ne vous gênez pas, c'est là pour ça. Avant que Radiohead ne laisse le prix de son disque In
Rainbows à la discrétion de ses fans, avant que Nine Inch Nails offre gratuitement neuf nouvelles chansons, Misteur Valaire mettait en ligne le fruit de son travail de studio. Depuis le début de l'automne 2007, 12 000 curieux ont téléchargé Friterday Night; selon l'équipe de gérance du groupe, près de 300 CD, vendus durant les concerts au coût de 15 $, ont également trouvé preneurs.
Les musiciens n'ont bien sûr pas fait d'étude de marché, mais on peut parier que les fans réunis au Café Campus avaient déjà les chansons de Friterday Night dans leur baladeur numérique.
C'est ainsi, croit-on chez ces jeunes musiciens visionnaires, qu'on construit une carrière: en en donnant plus que le client en demande. Sur disque comme sur scène, Misteur Valaire est généreux. Le groupe a l'appétit du jeune premier, qui cherche à nous en mettre plein la gueule.
Tel quel, le concert est assez édifiant. Le quintette joue avec une énergie contagieuse, la performance a pris du muscle depuis la scène extérieure du Festival de jazz l'été dernier, les grooves ont gagné en densité.
Ne manque plus que de la profondeur, ou encore un goût du risque aussi grand que l'appétit qui anime ces musiciens. D'une part, d'un point de vue strictement musical, rien ici n'a pas déjà été fait par les Chemical Brothers, Herbaliser et autres formations live de la fin des années 90.
Puisque le son de la formation reste agréable, ce n'est pas en soi un défaut. Cependant, la machine à idées tourne vite en rond. Sans fil conducteur, Misteur Valaire dépasse rarement le niveau de la machine à party, qui sait néanmoins utiliser à bon escient sa lutherie électronique. Mais à chaque nouvelle chanson, on rêve de voir un peu plus de chair autour de l'os rythmique, si bien assis par le trio basse-percussions-batterie. Si le trompettiste et le saxophoniste se préoccupaient moins de leurs synthés et boîtes à rythmes, la couleur jazz de leur musique donnerait des ailes à ces lourds breakbeats.
En cours de spectacle, le MC Jeune Chilly Chill – lui aussi a de la musique gratuite pour vous, ici: kacane.com – vient rapper sur une composition, et à nouveau on s'imagine la bête Valaire avec des histoires à raconter, un univers franchement original à envahir. Il est encore permis d'espérer, le groupe n'en est encore qu'à ses débuts. Et sur scène, il prouve qu'il peut s'améliorer.
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